Alseep on the tracks : Kris Begg

La personne de Kris Begg est un personnage bien connu de la scène folk locale ; faisant le lien entre Montréal et l’est de l’Ontario. L’homme aux tatous et à la barbe a énormément voyagé un peu à la manière d’un vagabond ou d’un bohème éternellement accompagné de sa guitare et de le voir enfin sortir son album est une très bonne nouvelle tant au niveau de sa personne que de la scène. En fait, ce qui est le plus frappant du personnage est l’espoir et la passion qui l’habitent de réussir dans le domaine des arts et de la musique ; un milieu qui est pourtant si dur et cruel envers les rêveurs qui osent réellement parcourir les sentiers de leur rêves. Pourtant qu’en est-il de la qualité de son album?

Asleep on the Tracks est un album folk avec le ton sombre et lancinant parfois associé au genre. Que ce soit au niveau du titre ou de la pochette (une bouteille d’alcool vide de laquelle pousse un arbre au tronc épais mais duquel les feuilles rouge tombent), le ton est sombre et nous emmène dans un univers marqué par les couleurs d’automne peu avant que les feuilles soient tombées des arbres. Au niveau de la musique, on entend des guitares sèches pincées, des accords plaqués à la guitare électrique, des notes tenues par un violoncelle, une basse et des percussions très subtiles en second-plan avec, finalement, la puissante voix de Kris qui malgré la drogue et les cigarettes dont il est question dans les chansons, ne semble pas avoir perdue de sa puissance ou de sa justesse. La structure des chansons suit relativement la forme couplet-refrain mais laisse énormément de place aux moments instrumentaux où les guitares ou le violoncelle sont mis à l’avant-plan. Autrement, on sent que les chansons ont été principalement composées par l’artiste seul avec sa guitare puisque le reste des arrangements semblent ornementer le tout plutôt qu’en être l’essence. La batterie fait quelques fois des incursions lors des moments plus gais ou énergiques mais, à mon sens, avec un certain embarras. Autrement les textes touchent les thèmes de l’amour, de la dépression, de l’espoir et d’un certain mal de vivre. 

On s’entend que la venue de cet album est très positive autant au niveau de l’artiste que de la scène qu’il représente, or les pièces, selon moi, tâcheraient à être un peu plus accrocheuses et arrangées de façon à se différencier des pièces de, par exemple, Dallas Green ou encore, sans vouloir trop forcer la note, des Mumford and Sons. L’emballage des pièces de Asleep on the Tracks a déjà été entendus à maintes reprises et l’exemple de la réalisation de Maladie d’Amour de Jimmy Hunt ou encore de l’album solo de Louis-Jean Cormier, nous prouve qu’on est déjà rendu à une autre étape. Cela dit, l’émotion transmise par la voix et les textes de Kris Begg est riche, intense et sait se faire ressentir.

Enfin, Asleep on the Tracks est album folk au ton sombre duquel on retiendra l’énergie et la voix de Kris Begg. En effet, malgré un emballage manquant un peu d’originalité, le potentiel de l’artiste, marqué par la passion qui l’habite et la richesse de sa voix, est énorme. Saura-t-il, par contre, s’entourer d’une équipe qui fait honneur à son talent? Seul le temps nous le dira.

Thomas Louys Morin-Brault par Thomas Louys Morin-Brault

L’histoire de la house montréalaise

Qu’on se le dise pour sûr, Montréal est une ville habitée par la house. Ce genre est apparu à l’origine à Chicago, au milieu des années 80 et est caractérisé par un mix ultra-lèché et inorganique (non reproduisable par un band live) où les percussions et la basse sont aussi à l’avant-plan que les synthétiseurs ou la voix, par un tempo régulier variant entre 116 bpm et 126 bpm, par des synthétiseurs syncopés ou en contre-temps, par une ligne de basse accrocheuse, par un accent sur l’évolution percussive et à l’époque particulièrement, par une présence de vocales un peu gospel. Présent dans presque toutes les discothèques branchées de la ville, on entend plus souvent, de nos jours, la deep house ; deep pour son penchant marqué par un impact de la bass plus grand et surtout par l’absence de vocale ce qui est idéal pour s’entendre parler dans un bar. Pourtant, alors que en Montréal est friande, qui sont les artisans de chez nous de ce genre musicale et d’où est provenu la manne.

Dès 1990, le coup est lancé. Alors que New York danse au son de Deelight, ici on danse sur le tube international qu’est 1990 de Jean Leloup. Construit à partir d’une ligne de bass qui se répète pendant plus de 4 minutes, le rythme est percussif et informatisé à souhait. Caché dans un emballage et une structure pop, le titre contient pourtant de nombreux aspects qui caractérisent la musique électronique. Co-produit par James Di Salvio alors à peine entré dans la vingtaine, celui-ci sera le porte étendard de la culture électronique auprès du grand public en signant notamment l’oeuvre de Bran Van 3000 et du tube monstre Drinking in La. Autre que ce dernier, le nom de Mistress Barbara est aussi plutôt connu du grand public. En activité depuis le milieu des années 90, celle-ci aura parcouru le monde grâce à ses talents de dj. Avec une énergie débordante et des mix frôlant les 134 Bbm (eh oui, dans les années 2000, la house était sur le speed…), elle fit littéralement connaître au monde entier ainsi qu’au monde de Montréal, la force créative de la ville et son effervescence culturelle. Provenant des milieux gais, elle mit en lumière une culture subversive qui bouillonnait en ville ; celle du Village des années 90 début 2000.

En effet, le Village n’aura pas toujours été ce repère à adeptes de Top 40 et de boisson pas chère qu’on connait aujourd’hui. Avec des instituions tel le Sauna, le Kox, le Playground, le Parking et le Stereo qui malgré quatre incendies tient toujours, la rue St-Catherine entre Berri et Papineau était autrefois le centre d’une culture électronique riche et subversive. Cela dit, la gentrification et le rapport à l’argent changeant, la culture underground typique du Village se sera lentement commercialisée, éteinte et ouverte au grand public. Pourtant le flambeau de la house n’était pas éteint mais simplement en dormance pour rejaillir de plus bel puisque les berges de Montréal sauront être habitées par la culture house provenant du Village avec l’apparition des Pikinic Électronik ; une institution house, deep house de renommée internationale et qui actuellement bat son plein avec la version hivernale ; l’Igloofest. En bref, comme si la vie ne perdait jamais son sens, la lente mort de la culture house depuis son berceau métropolitain qu’est le Village et les alentours (Aria) se sera déplacée près des berges de l’Ile St-Hélène pour les messes électroniques extérieures que sont les Piknics Électroniks au grand plaisir des discothèques ouvertes le dimanche.

Enfin, la culture house de Montréal, malgré le peu d’archives présentes, est riche et effervescente. Que ses acteurs telle Mistress Barbara aillent su faire reconnaître la ville à l’International, il n’en reste pas moins que son histoire aura révéler la richesse de la culture gaie de Montréal et de son quartier général ; le Village. Dire dire que la chenille serait devenue papillon avec la naissance des Piknics Électroniks et la lente morte de la scène underground du Village serait réducteur pour la densité culturelle qu’il y régnait. Pourtant, les Piknics sont un bel exemple de l’évolution des berceaux d’un genre. Enfin, avec des acteurs pionniers, des établissements légendaires, il ne manque plus qu’à la ville que des producteurs musicaux légendaires qui sauraient faire la leçon au Gesaffelstein et Gui Borrato de ce monde qui viennent si souvent dans notre métropole. En annexe, un artiste à surveille, Tech-Machine, qui malgré un emballage ringard, semble savoir faire danser les foules et ce, avec ses propres productions house.

Maison! 

Thomas Louys Morin-Brault par Thomas Louys Morin-Brault

La montée de l’EDM et les nouvelles routes commerciales de la musique

À moins qu’on soit rester caché dans un monde dénué de toutes connections internet, fort est à parier qu’on soit au courant de l’apparition ou plutôt de la montée en popularité du genre EDM (Electronic Dance Music). Le terme étant apparue au début des années 80, celui-ci voulait, d’abord, désigner en gros toute musique électronique jouant dans les discothèques à l’exception du disco. La house, le techno, le trance ; tous ces sous-genres étaient regroupé facilement sous l’appellation EDM. Pourtant en 2015 (bonne année), le terme EDM au niveau musical désigne un genre bien à lui caractérisé par l’utilisation de synthétiseurs, une quête d’impact sans précédent au niveau des percussions, des montées fulgurantes, des plateaux caractérisés par un kick omniprésent, une vitesse de 128 bpm ou de 130, des pauses dits break sans kick et généralement avec une voix, un mix ultra léché et avec beaucoup d’espace et finalement par la répétition sans cesse du pattern montée-plateau-pause. Pourtant dans la culture populaire, l’EDM est bien plus ; c’est une culture en soi, presqu’un mode de vie ou de pensée. Avec une industrie qui, en 2014, valait 6.2 milliards de dollars, la montée en puissance du genre dans la culture populaire est phénomène singulier et moderne. De par son mariage avec la pop, son utilisation des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, ses faibles coûts d’exploitation et sa philosophie de distribution novatrice, l’EDM aura contribué à changer la donne de l’industrie musicale et à officialiser la présence de nouvelles routes commerciales. Tentons de comprendre le phénomène et d’établir des liens avec la situations québécoise et la prochaine marche à suivre.

Tout d’abord, le mariage de l’EDM avec la pop fut probablement parrainé par David Guetta. Provenant d’un milieu house dans les années 90 avec un bagage musicale typiquement français où les lignes de bass cotoyait énormément l’utilisation de voix comme dans les pièces de Bob Sinclair Only Love et les Around The World et One More Time des Daft Punks ; tout les éléments étaient en place pour que le mariage se fasse. Or, un océan séparant les deux mondes ; l’Amérique et la France, quelqu’un devait faire le lien. Pour ce faire, c’est probablement Will.I.Am des Black Eye Peas qui envoya la déclaration de marriage. En effet, celui-ci, constamment à la recherche de talent, entendu probablement Love Is Gone ou Love d’ont let me Go de David Guetta et lui proposa de réaliser conjointement une chanson. Le mariage enfanta du succès international I Gotta Feeling. Le bal était lancé. Le précédent, le plan, la forme, tout était là et le son David Guetta si caractéristique et dynamique avec une structure de chanson montée-plateau-pause très proche, avec le recul, du couplet-refrain-pont de la pop envahit immédiatement les ondes radiophoniques sans doute propulsé d’autres part par les Kanye West et les Lady Gaga de ce monde. Ainsi, l’année 2009 marqua le début de la montée en puissance de l’Edm de par son mariage avec le monde de la pop.

Pourtant, la montée de l’EDM ne s’arrêta pas là. En effet, d’un par un marriage conjoint qui unit la culture des clubs au grand public, les éléments étaient là pour réaliser des choses encore plus énormes. De plus, une démocratisation de la technologie et l’apparition de logiciels dj excessivement facilement piratables qui imposèrent l’utilisation de la synchronisation automatique au monde du dj, renforça l’utilisation des pièces EDM. Dès 2009, le consommateur moyen de musique EDM pouvait écouter les pièces mais aussi les jouer et les enchaîner facilement grâce à l’aide de logiciels de dj qui synchronisent pour nous les tempos des chansons. La technologie permit une nouvelle utilisation des pièces musicales qui donna un avantage énorme à l’EDM par rapport aux styles de musique non-régulier en tempo tel le rock. Autrement, les artistes EDM ont énormément utilisé les réseaux sociaux pour propager leur musique qui était soit gratuite ou excessivement facile à pirater. En effet, il est très facile de se procurer gratuitement ou illégalement la majorité des plus grands succès EDM et de se construire une bibliothèque musicale bien garnie sans avoir à dépenser le moindre sous. Une musique en circulation libre dans les mains d’une génération facebook où le partage est instantané propulsa immédiatement les nombres d’écoutes vers les stratosphères jamais encore atteintes. En conclusion, l’EDM utilisa à bon escient les nouvelles technologies en donnant une méthode d’utilisation de par les logiciels de dj et en embrassant leur possibilité novatrice de partage plutôt qu’en tentant de les astreindre ; une nouvelle façon de penser faisant pied de nez à la chasse aux pirates typique de l’industrie musicale d’antan.

Hormis, un accès rapide et facile au contenu téléchargeable, la musique EDM n’aura pas encore fait d’argent. Toutefois, la route sera plus facile qu’on ne le croit. En effet, pour tourner, un dj n’aura besoin que d’un mixeur, 2 clés usb, deux lecteurs de mp3 généralement des pionneer cdj et des enceintes de son. Vous avez cette équipement ? Vous avez la possibilité de faire jouer 99% des djs sans avoir à dépenser plus d’argent. En effet, contrairement au rock ou à tout autre style nécessitant une prise de son, l’EDM a un coût d’exploitation presque nul ne nécessitant pratiquement ni test de son et ni équipage de sonorisation. Ainsi que ce soit au niveau des déplacements et de l’entretient, le coût est minime par rapport aux styles musicaux précédents. La voie est ainsi lancé pour réaliser des profits en masse et c’est ce qui s’est produit. En fait, en 2013, 4,2 milliards de dollars ont été généré par les tournées de musique EDM. Dans cette mesure, le piratage aillant amené l’EDM au masse aura été un incitatif énorme pour l’achalandage des événements dits EDM.

Enfin, les nouvelles routes commerciales tracées par l’EDM sont là pour rester et redéfinissent le model économique de l’industrie musicale. Que ce soit au niveau du partage de la musique et de son utilisation ou de par son mariage avec la pop, en 2015 l’auditeur ne désire plus simplement écouter la musique mais la posséder instantanément et la mixer dans son logiciel dj préféré. Ainsi, un nouvel aspect de la musique est apparue et a permis de bâtir une culture de party incroyablement riche et accessible. En fait maintenant, tout le monde munit d’une bibliothèque musicale EDM peut se targuer, avec raison, d’être un dj. Ce pan n’est pas à négliger. De plus, avec une mondialisation des producteurs et l’accessibilité des logiciels de djs et de production musicale, tous peuvent rêver d’être le prochain Pitbull. Cela dit, malgré une effervescence mondiale, il semble que Montréal soit un peu en retrait de la scène par rapport à son talent et ce malgré des percées évidentes d’artistes tels que Snails ou les Black Tiger Sex Machines. Il semblerait que la scène ne se soit pas encore auto-proclamé de calibre international telle la scène américaine, néerlandaise, française ou encore anglaise. Ainsi, les autoroutes québécoises de communication ne sont pas encore construites. C’est pourquoi certains devront le faire en faisant fie des modèles d’antan qui évidemment ne répondent pas à la hauteur de notre identité et de notre talent autrement serions-nous excessivement plus présent sur la scène internationale. N’hésiter pas à contacter vos djs préférés et à leur envoyer vos pièces en restant vous-même ; la voie des bâtisseurs.

 

Thomas Louys Morin-Brault par Thomas Louys Morin-Brault

Chocolat : Tss Tss & la naissance d’un réalisateur de disque

En écoutant le dernier album de Chocolat, je me suis rapidement posé la question “pourquoi est-ce que j’écoute cette album en ce moment?”. Deux réponses me sont rapidement venues à l’esprit ; la première étant sans doute parce que c’est bon. La deuxième, un peu plus pernicieuse, sans doute, parce que les membres du groupes étaient, individuellement, populaires avant. Il faut se l’avouer, Chocolat qui est notamment composé de Jimmy Hunt à la voix et d’Emmanuel Ethier à la guitare n’aurait sans doute pas reçu autant d’attention n’eut été de la popularité de ses membres et c’est sans doute la participation de ce dernier qui est la plus notable, spécialement de la réalisation de l’album et au niveau de cet article. 

En fait, Tss Tss, l’album de Chocolat est intéressant au niveau du contenu mais, sans plus. À défaut d’avoir joué sans cesse sur les ondes de CISM et de surfer sur la vague de Jimmy Hunt propulsé par son dernier album Maladies d’Amour, Tss Tss, malgré une pop un peu rock aux progressions notables et aux arrangements intéressants n’aurait sans doute pas eu l’impact ou le buzz qu’il génère en ce moment. 

Cela dit, c’est la participation d’Emmanuel Ethier qui a réalisé l’album qui change un peu la donne. En fait, malgré un contenu normal, le contenant de cette album est ce qui fait sa marque ; un réalisateur est né. Car l’on dira ce qu’on voudra, les albums Maladies d’Amour de Jimmy Hunt ainsi que Tss Tss sonnent excessivement bien et les deux ont été réalisé par Ethier. Mais qu’est-ce qu’un réalisateur d’album fait exactement? Sans être un expert, un réalisateur d’album est d’abord celui qui écoute le groupe lors de l’enregistrement. Lorsque Butch Vig a réalisé Nevermind de Nirvana ainsi que Siamese Dream des Smashing Pumpkins, celui-ci n’a pas composé une seule note mais a plutôt amené les groupes au moyen de suggestions complimentées par des techniques d’enregistrements dans une zone sonore particulière qui lui est propre. En effet, ces deux albums, à bien des égards, sonnent pareil. La facture sonore d’un album est grandement créé par le réalisateur. Généralement, sans en altérer le contenu (le corps des chansons), celui-ci s’occupe plutôt du contenant (facture sonore) . Dans ce cas-ci, le son est clair, liché, dense avec une basse présente et très ronde. Une myriade de couches de guitares, de batteries et d’autres effets synthétiques connexes se superposent parfaitement sans devenir le vacarme qui pourrait facilement s’en suivre. On réalise souvent la qualité du travail d’un réalisateur de disque lorsque la performance en live est pour une raison qui nous échappe moins bonne que la version studio et ce même si les musiciens font bien leur travaille ; comme si le tout était moins enveloppant. Je doute fort que la chanson “nos corps” de Jimmy Hunt soit aussi enveloppante et sensuelle que la version studio, même si celui-ci la chante parfaitement. C’est sans doute, malheureusement, le meilleur sceau de qualité du réalisateur.

En sommes, Tss Tss sans être un chef d’oeuvre nous révèle au moyen d’une pop rock un peu psychédélique, l’excellent travail d’Emannuel Ethier à la réalisation. Liché et dense, l’album possède un son propre qu’on retrouve aussi sur Maladies d’Amour de Jimmy Hunt et qui est, à mon avis, remarquable. Pour quelqu’un que j’ai déjà croisé à l’Université de Montréal il y a déjà 6 ans, on peut dire qu’il en a fait du chemin, lui qui est en voie de s’imposer comme un incontournable un peu comme Jean-Michel Coutu pour toute la scène lo-fi. 

P.S. Pour les amateurs de rock star, un petit documentaire sur les mésaventures de chocolat version 2008 alors qu’ils sabotent leurs venues pour des spectacles aux Iles de la Madeleine.

Thomas Louys Morin-Brault par Thomas Louys Morin-Brault

Prédictions 2015 UsineLachine

L’année 2014 aura été une année de naissance et de découverte. Alors que l’underground rock connait une effervescence jamais vu depuis plusieurs années, la scène électronique quant à elle connait un épanouissement unique et qui place Montréal dans la catégorie des artisans de la scène internationale. Cela dit, un peu comme le deuxième album d’un groupe jadis inconnu connaissant subitement le succès ; que faire pour que celui-ci ne soit pas que passagé ; rester et être la mode. Tâche assez risquée car la mode est constamment en mouvement et détective de la découverte et de l’inconnu et qui dit ces mots les dit emplie de risque. Les tendances 2015 musicales métropolitaines seront l’actualisation de la musique industrielle, l’établissement du “son de Montréal” et la résurrection potentielle du rock grand public.

L’actualisation de la musique industrielle

Qu’on le veuille ou non, 2014 aura été marquée par une domination de la musique EDM (Electronique Danse Musique) que ce soit dans le nombre de billets de concert vendus, dans la naissance d’un nombre incalculable d’événements lié, dans la démocratisation des logiciels de dj et des instruments dits contrôleurs midi et finalement dans l’enracinement de la drop dubstep et de la production musicale du genre dans la musique populaire et publicitaire. Qu’on croit le dubstep mort ou non, son influence est omniprésente et son apparition aura marquée la naissance d’une époque moderne. En effet, le dubstep aura rendu désuet un nombre incalculable de pièces autrefois dites “s’a coche” de par leur production plus vieille et moins dynamique. Cela dit, quelques uns tels Nine Inch Nails, Daft Punk ou encore The Prodigy à partir de l’album The Fat of The Land auront passé l’épreuve du temps, mais la plupart des pièces électroniques d’antan souffre d’un manque flagrant de kick, de compression et d’épurage de fréquences. Or, la musique EDM arrive à son point d’apogée et tend à se répéter et les gens veulent continuer la danse et, avec la popularité de la drogue de synthèse MDMA, tout semble indiquer qu’ils veulent continuer à entrer dans la transe. Pourtant, le monde souterrain en 2014 s’est fait complètement engloutir par le monde commercial pour des raisons évidentes ce qui laisse la scène en proie à une renaissance (en effet, être commercial dans le monde souterrain, c’est tout sauf cool). C’est pourquoi l’année 2015 marquera une extremisation des genres dans la mesure où tout deviendra plus intense, gros et agressif. La musique industrielle de Nine Inch Nails et compagnie symbolisait ce courant dans la années 90 de par une facture sonore très rugueuse, rapide, régulière, criarde et bousculée. Même si le genre s’est un peu perdue vers les années 2000, je prédis sa naissance contemporaine alors que technologiquement nous sommes plus équipés que jamais. Les groupes vont sonner plus fort, plus rugueux, plus lourds, plus rapide, plus intense en conservant une énergie typique horizontale (sans drop) de la musique techno. Même que la voix, complètement absente en 2014, fera peut-être son apparition. Encouragée par le mouvement des créatures (voir article), les Marilyn Manson d’antan se font vieux et gagne à se trouver des successeur.  Ainsi, pour des raisons temporelles, commerciales et artistiques, l’année 2015 sera marquée par l’actualisation du genre musique industrielle.

L’établissement du “son de Montréal”

Nouveau joueur de la scène internationale, Montréal est une ville hyper effervescente et créative. Montréal est une ville qui, est à de nombreuses reprises, sous-estimée par ses habitants et ceux-ci n’ont jamais historiquement pris le temps ou eurent la chance de signifier l’identité de Montréal au reste du monde. Ainsi, cette ville, cette métropole se retrouve tel un livre vide avec que le titre “Montréal Métropole Culturelle d’Amérique” inscrit sur la couverture. Montréal est une ville qui historiquement fut marquée par le rock et la musique électronique. Rien à prouver à ce niveau malgré le comportement douteux de plusieurs stations de radio. En effet, avec le temps, ces deux genres ont même commencé à se fusionner avec le terme rock electronique traduit par une facture sonore soignée, un tempo précis et régulier, l’utilisation de boîtes à rythmes et de synthétiseurs tout en conservant une structure pop plus proche du rock contemporain. Emblématisé par We Are Wolves, le rock électronique est unique à Montréal et tend à se faire une place sur la scène internationale. Au niveau de la scène purement électronique, la rigueure sonore des productions, leur côté “catchy” et l’exploration dans les dynamiques d’intensité place Montréal comme un centre de découverte. On y vient pour se ressourcer ou y découvrir de nouvelles choses pourtant accessibles. La force de Montréal ou de ses artistes est de faire quelque chose de grandiose en restant simple. Snails en 2014 aura clairement influencé Skrillex dans ses productions avec Diplo en descendant d’intensité lors de la drop plutôt qu’en montant encore ; simple mais pourtant révolutionnaire. En 2014, on a à peine commencer à écrire dans le livre identitaire de Montréal et tel New York, ce n’est certainement pas un maire qui nous dictera qui nous sommes ; en 2015 le son de Montréal se concrétisera encore plus et sera bientôt reconnaissable d’à travers le monde.

La résurrection potentielle du rock grand public

Amy Winehouse et Pete Doherty auront-ils été les dernières rock star? Est-ce que le rock classique caractérisé par des solos subversifs à la Offenbach, un son sâle, une attitude de bum, une prise incroyable de drogues et des comportements sexuels systématique est chose révolue? À en croire les stations de radio complètement bloquées dans les années 60 et 70, on croirait bien que oui. Pourtant les filles, les drogues, les guitares et les amphithéâtres existent toujours. Mais que manque-t-il pour que la sauce reprenne? Les STARS. Le rock, c’est d’abord une attitude qui dérange et qui excite. La scène rock grand public est, en ce moment, complètement vide et marquée par des fantômes du passé. On dira ce qu’on voudra mais les Black Keys ne me font pas rêver. Nirvana l’a fait, les RollingStones aussi, ainsi que les Red Hot Chilli Peppers, Marilyn Manson et plus encore. Mais qu’est-ce qui s’est passé? ; l’attitude de gentils garçons prêtent à être reçu par maman et papa au souper omniprésente sur les ondes et dans les grandes salles détruit le genre. Lorsque les Stars du rock se réveilleront et s’organiseront de manière à être vues et entendues, le rock grand public sera de retour à ce qu’il fut jadis ou carrément vers quelque chose de nouveau, d’actuel et de complètement subversif. En cette époque de vide commercial au niveau du rock, les prochaines Rock Star auront tout l’espace disponible pour s’inscrire dans la légende.

Enfin 2015 est une année prometteuse qui sera marquée par une effervescence culturelle aussi importante que 2014 mais dans une vision d’épanouissement plutôt que de naissance. Selon moi, alors que la musique EDM tendra à se répéter, les genres plus subversifs telle la musique industrielle apparue autrefois dans les années 90 et maintenant désuet de par leur facture sonore datée, tendront à s’actualiser alors que les amateurs du genre tendront à devenir plus extrêmes et enracinés dans leur identité de créature. Autrement, Montréal apparue récemment comme joueur international aura la tâche de se dévoiler et de voir apparaître le “son de Montréal” typique et reconnaissable de partout. Finalement, dans une époque de vide, le rock grand public se posera la question s’il doit renaître alors que ses artisans devront nécessairement en devenir les star que le rock a besoin pour faire rêver.

Bonne année! 

Thomas Louys Morin-Brault par Thomas Louys Morin-Brault